Il est bientôt temps de retourner à la maison. Nous quittons donc les San Blas ; retour par une nuit de pleine lune et une matinée magnifique; mer quasiment plate et bon vent. Nous rentrons, toutes voiles dehors, au largue, à plus de 6 nœuds de moyenne (c’est très respectable).
Personne n’est malade, cela ajoute au plaisir. Ceci est une grande nouvelle; Martin n’est quasiment plus malade en mer. En même temps, étrangement, moins il est malade et plus je le deviens. Qui a parlé de psychologique?
Après avoir essayé l’homéopathie, voilà que je tente un produit aux plantes- donc tout à fait inoffensif- qui fût offert à Martin il y a quelques mois. Il s’agit d’un produit relaxant. Résultat époustouflant; pas l’once d’une nausée, l’intérieur du bateau ne me fait même pas peur et quel calme! Nous avons levé l’ancre ¼ d’heure après que j’ai avalé ma cuillère magique; le moteur a calé –pour la première fois depuis que nous l’utilisons- environ 2 minutes après avoir décroché l’ancre, la grand-voile pas encore totalement hissée, le génois pas déroulé et un plateau de corail à moins de 10 mètres à tribord, à moins de 50 de l’autre côté. Tandis que Martin commence à s’agiter, insiste pour que je tente de le redémarrer (l’arrivée d’essence était coupée), je lui assure sur un ton tranquille- et avec quelques longues secondes de réaction- que nous avons largement le temps de hisser les voiles, de prendre un peu de vitesse et de virer. Je l’encourage donc à finir de mettre les voiles. Il me persuadera tout de même d’empanner rapidement, à une petite distance du plateau sous le vent. Je veillais donc cette nuit là- et beaucoup pourront certifier que ce n’est pas à mon habitude J- totalement perchée; consciente tout de même qu’il valait mieux que j’évite toute manœuvre sur le pont.
Moteur hiverné, capots étanchéifiés, clim installée et bateau empaqueté, nous le quittons encore une fois, pour 6 mois.
Nous voici à Panama city pour profiter de quelques jours encore, tout en se préparant à retrouver la vie citadine. Nous sommes très occupés. Dans quelques jours, il y a mariage et puis baptême, occasions pour lesquelles nous préfèrerions ne pas faire honte à nos familles. Il est donc important que nous troquions nos tongs, maillots de bain et bobs à fleurs contre quelque costume plus de circonstance. Pour cela, nous orientons nos visites vers le quartier « luxe » de la ville.
Les boutiques luxes sont réunies en galeries marchandes énormes, et plus spécialement une, après le quatier d’affaires de Bella Vista. Dans celle-ci, même pas un Mc Donald ne s’y trouve! C’est la première fois que nous trouvons à manger une vraie salade (à part celles du Mac Do, justement) dans ce pays de la friture, il existe un restaurant vert!
Nous le savions, mais l’avions oublié; ici, les riches sont les blancs. Les noirs et métisses sont les employés ou les gardiens, sauf dans les vrais magasins de luxe, chez Louis Vuitton ou Cartier, tout le monde est blanc. Rentrés à notre hôtel de passe, dans ce quartier très animé que nous apprécions, quelque chose nous dérange. Nous allons dîner; nous demandons de l’eau; alors la serveuse s’exclaffe joyeusement; elle pense que nous lui faisons une blague (le coca est moins cher). Depuis le début de notre voyage, nous avons toujours pris les hôtels premiers prix (sauf ici à Panama où le niveau est déjà relativement élevé) et nous sommes habitués à la ville de Colon, bien qu’on ne puisse y circuler quasiment qu’en taxi, avec ses tôles qui pendent des balcons eux-mêmes fissurés et branlants des anciennes constructions coloniales, ses monceaux de détritus qui bouchent volontairement certaines ruelles coupe-gorges, eux-mêmes surmontés de nombreux charognards, ses rues inondées en permanence, y compris à la saison sèche, ses squelettes hagards qui déambulent à la recherche de petites choses utiles dans les caniveaux, mais aussi, ses routes tout à coup coupées par de mini-barricades ayant rôles de buts pour un foot improvisé, les coups de klaxons machinaux des chauffeurs de taxi habitués, la piscine gonfable déposée en guise de Colon-plage sur le trottoir en face du terminal de bus, la caisse et l’animation étant assurée par une ou deux fortes femmes arrosant au jet d’eau les enfants qui s’y trouvent et hurlent de joie. Aujourd’hui, nous avons découvert un tout autre Panama, où l’on mange de la salade, moins gai, où les femmes de plus de 18 ans ne sont pas toutes accompagnées d’enfants et les maigres mannequins parisiens ont remplacées sur les affiches ces bimbos à la poitrine indécente; nous ne pouvons nier que la différence nous dérange.
A bientôt donc. Nous prenons l’avion dans les jours qui viennent.